Shihab Press – Malgré les avancées significatives réalisées par l’État dans la voie de l’assainissement du climat des affaires et la lutte contre la bureaucratie, certaines séquelles du régime précédent, communément appelé dans les médias « la Issaba » (la bande), continuent de hanter certains investisseurs.
C’est le cas d’un investisseur originaire de la wilaya de Sétif, qui se retrouve empêtré dans un enchevêtrement d’obstacles administratifs et de pratiques anciennes, ayant compromis un projet industriel qui aurait pu figurer parmi les plus grands contributeurs à l’économie nationale.
Dans une déclaration à shihab Press, l’investisseur Zahir Kazout titulaire d’un diplôme supérieur en chimie industrielle et ingénieur en production plastique, doté d’une grande expérience dans le montage et l’assemblage d’usines, a raconté son long calvaire causé, selon lui, par des décisions arbitraires et désordonnées ayant conduit à la fermeture de son ambitieux projet industriel, malgré tous les efforts fournis pour le sauver.
Selon son témoignage, en 2004, Kazout a fondé une usine de production de pâtes alimentaires dans la commune de Sétif, avec un soutien partiel de la banque. L’unité affichait une capacité de production de 50 tonnes par jour, répartie sur 18 variétés de pâtes longues et courtes, et offrait plus de 130 emplois directs.
Issu d’une famille industrielle pionnière dans les domaines du plastique et des pâtes, il affirme que son usine représentait la troisième plus grande unité de production de pâtes à l’est du pays en termes de technologie et de capacité, mais qu’elle a été définitivement fermée en avril 2005 suite à ce qu’il qualifie de « décision abusive », et ce malgré les solutions qu’il avait proposées à la banque, notamment l’introduction de nouveaux partenaires ou même la vente de l’usine pour rembourser les dettes et sauver le projet.
Ses tentatives ont, selon lui, été confrontées à des « pratiques de la Issaba », visant à s’approprier l’usine pour une bouchée de pain.
Refusant de vendre, la banque a procédé à la vente de lots de terrain appartenant à l’investisseur — certains à usage individuel, d’autres destinés à la construction d’immeubles — de manière illégale et à seulement un dixième de leur valeur réelle, dans le cadre d’une procédure de vente de biens hypothéqués.
Kazout considère cette mesure comme une injustice flagrante à son encontre, un abus manifeste de la part de la banque, et un obstacle à la dynamique de développement économique, équivalant à l’assassinat de projets prometteurs dans le pays à l’époque.
Par le biais du micro de shihab Press, il a lancé un appel au Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour la relance de ce projet structurant dans la région.
La fermeture de l’usine n’a pas seulement affecté l’investisseur, mais aussi les travailleurs qui y ont perdu leur emploi. Dans un témoignage émouvant, l’un des gardiens de l’usine a exprimé sa profonde tristesse face à l’état actuel du site, implorant également les autorités concernées de relancer son activité, soulignant sa capacité à contribuer au développement local et à créer de nouveaux postes d’emploi.
L’État algérien œuvre aujourd’hui à rompre définitivement avec ce type de pratiques, à travers des réformes profondes visant à assainir l’administration des vestiges du passé et de la bureaucratie, à consacrer la transparence, à soutenir les investisseurs et à instaurer un climat favorable à l’investissement national. C’est ce qu’a réaffirmé le Président Abdelmadjid Tebboune lors de sa deuxième rencontre avec les opérateurs économiques, au cours de ce mois d’avril.
Droit de réponse : le CPA s’explique
Dans le cadre du droit de réponse, la Banque Populaire d’Algérie (CPA) a affirmé à shihab Press que la société Agro Nutrition – El Bachir, dirigée par Zahir Kazout, a bénéficié depuis 2001 de plusieurs types de crédits, aussi bien à l’investissement qu’à l’exploitation, mais qu’elle n’a pas honoré ses engagements financiers.
La banque précise avoir tenté à plusieurs reprises de parvenir à un règlement à l’amiable, mais l’entêtement de l’investisseur a empêché toute solution, l’obligeant à recourir à des procédures légales, dont la saisie et la vente aux enchères.
Le CPA a également indiqué que la proposition de morceler les terrains en lots à usage résidentiel avait été acceptée à condition que les recettes soient versées sous sa supervision. Cependant, l’opération a pris du retard et l’investisseur n’a pas déclaré la valeur réelle des ventes, entraînant des recouvrements moindres que prévus.
En 2019, l’investisseur a proposé une régularisation finale en versant 500 000 dinars en échange de l’abandon des intérêts. La banque a accepté, mais il n’a pas respecté une fois de plus ses engagements, ce qui a conduit à la reprise des procédures de recouvrement et à la vente du reste des biens hypothéqués.
Le CPA a enfin affirmé rester disposé à examiner toute proposition de règlement émanant de l’investisseur, à condition qu’elle ne porte pas atteinte aux intérêts de l’établissement.
