Shihab Presse – Le roman « Les Houris », lauréat du prix Goncourt 2024, est au centre d’une tempête judiciaire et politique, après que son auteur, l’écrivain franco-algérien Kamel Daoud, est devenu la cible de deux mandats d’arrêt internationaux émis par le tribunal d’Oran, à l’ouest de l’Algérie.
Le journal français Le Figaro a rapporté ce mardi que les autorités algériennes ont émis un premier mandat via l’Interpol local en mars dernier, suivi d’un second au début de ce mois.
L’avocate française Jacqueline Laffont, chargée de la défense de Daoud, a déclaré que ces mandats ont été émis « clairement par les autorités algériennes », tout en affirmant que le roman traite de manière littéraire l’expérience d’une jeune femme ayant survécu à la décennie noire (1992–2002), sans enfreindre aucune loi.
Il convient de noter que « Les Houris », depuis sa publication, a fait l’objet de vives critiques en Algérie, a été officiellement interdit, et a entraîné une série de plaintes contre l’écrivain.
Parmi les affaires les plus notables, l’une a été déposée devant le tribunal d’Oran, accusant Kamel Daoud de « violation de la loi sur la réconciliation nationale », une loi adoptée en 2005 sous la présidence de feu Abdelaziz Bouteflika, qui criminalise toute tentative de raviver les blessures de la tragédie nationale à travers des écrits ou déclarations portant atteinte à l’image de l’Algérie, de ses institutions ou de ses fonctionnaires.
La deuxième plainte, qui pourrait avoir un impact plus fort en France, a été déposée par une jeune Algérienne nommée Saâda Arban en novembre 2024. Elle accuse l’écrivain d’« atteinte à la vie privée » et d’avoir utilisé des données issues de son dossier médical et de son témoignage personnel sans son consentement pour construire le personnage principal du roman.
Arban affirme que Daoud l’a rencontrée dans le cadre de séances de thérapie de groupe, et qu’il a exploité sa confiance pour transformer son drame personnel en matière littéraire.
Par ailleurs, Kamel Daoud doit comparaître ce mercredi 7 mai devant le tribunal de Paris pour la première audience relative à cette affaire d’atteinte à la vie privée, laquelle a déclenché un large débat dans les milieux littéraires sur les limites de la création artistique et la distinction entre fiction et exploitation illégitime de la souffrance individuelle.
Alors que l’auteur soutient que son roman est une œuvre purement littéraire, inspirée de ses années de journaliste de terrain à Oran dans les années 1990, ses détracteurs estiment que les prix littéraires ne l’exemptent pas du respect de la vie privée d’autrui, en particulier celle des survivants de violences encore marqués par leurs traumatismes.
Ainsi, la situation de Kamel Daoud, autrefois considéré comme l’une des voix littéraires maghrébines les plus en vue en Europe, s’est compliquée, le plaçant désormais au cœur d’un débat juridique et littéraire.
