Le journal ajoute qu’il est difficile de ne pas remarquer ce dysfonctionnement inquiétant au sommet de la hiérarchie de l’État français. D’un côté, il y a des signaux d’apaisement calculés : des visites officielles, des déclarations rassurantes, et des contacts téléphoniques. Dans ce contexte, la visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en Algérie en février dernier, qui a duré deux jours, a suscité la satisfaction des observateurs qui y ont vu un indice d’amélioration des relations. De même, l’appel téléphonique passé le 16 mars par Jean-Noël Barrot à son homologue Ahmed Attaf s’inscrit dans cette trajectoire d’apaisement.
D’un autre côté, le quotidien revient sur les actions brutales menées par la France, dénuées de toute dimension politique. Des actes cruels et froids, manquant de sagesse politique, viennent saper ces efforts. Un proverbe populaire bien connu résume cette situation : « le labour du chameau », cet animal étant réputé pour piétiner ce qu’il a lui-même accompli. C’est exactement ce qui se passe en France, qui semble atteinte du « syndrome du chameau » : alors que certains tendent la main de la réconciliation à l’Algérie, d’autres resserrent l’étau. Cette contradiction engendre une diplomatie à double visage, incapable de concilier les dires et les actes.
À ce stade, une question s’impose : que fait la France ?
Le journal El Moudjahid a abordé l’affaire de l’employé consulaire, arrêté de manière hostile par des éléments de sécurité cagoulés et sans scrupules, qui l’ont menotté dans une rue de Paris sous les yeux des passants stupéfaits. Le journal considère que cette détention est une violation de la Convention de Vienne, l’employé consulaire étant faussement accusé de participation à une tentative d’enlèvement d’un trafiquant de drogue. Comme si les services de sécurité algériens étaient incapables, même s’ils en avaient l’intention, de mener une opération routinière de la sorte.
Dès lors, comment comprendre le message de la justice française qui a décidé de prolonger cette détention ? Il semble que les engagements internationaux puissent être ignorés lorsque les intérêts l’exigent. C’est une dérive judiciaire aux dimensions politiques qui place la France dans une position dangereuse, menaçant ses relations avec l’Algérie et sapant sa crédibilité internationale. Le plus grave est que ce fonctionnaire a subi un traitement indigne, contraire au discours sur les droits de l’homme prôné par la France. Comment concilier l’appel aux droits de l’homme et la fermeture des yeux sur de telles pratiques ? Ici, la contradiction atteint le comble du ridicule.
L’affaire n’est plus un simple dossier judiciaire, mais est devenue le symbole d’une relation otage des contradictions françaises. Alors que certains indices suggéraient la possibilité d’une reprise du dialogue, Paris a choisi de maintenir une mesure que l’Algérie considère comme une provocation directe et une violation du droit international. De plus, le dossier, selon la thèse avancée, repose sur des allégations émanant d’un ancien trafiquant de drogue qui a été instrumentalisé, et sa version est présentée de manière contradictoire, ce qui suscite des doutes même dans les cercles diplomatiques occidentaux.
Le quotidien El Moudjahid a expliqué que ce qui est en jeu aujourd’hui dépasse de loin le cas d’un responsable consulaire ; cela remet en cause la crédibilité de l’État français lui-même, cette crédibilité fortement endommagée par des décisions volages, des positions ambiguës et une gestion chaotique d’une affaire extrêmement sensible. Qui gouverne réellement la France ? Y a-t-il encore un commandant à la barre des affaires françaises ?.. Ou assistons-nous à un effritement du pouvoir où chaque institution, chaque responsable, voire chaque faction, agit selon sa propre logique, sans coordination ? La question n’est plus simplement rhétorique, elle est devenue fondamentale.
